LeGrandJeu

Né cinema, né televisione. I documentari ora si vedono sul web

 

J’ai rencontré Sidonie Garnier, Jeanne Thibord et François Le Gall, les producteurs du webdocumentaire Défense d’afficher, pour mieux comprendre leur vision du street art.
Une version abrégée de cette interview paraîtra en italien sur Ziguline. Ci-dessous la version intégrale en français de cet entretien.

 

Je voudrais d’abord vous demander qui a produit Défense d’afficher et pourquoi vous vous êtes orientés vers l’art urbain ?
Défense d’afficher a été produit par La Maison du Directeur, une société de production audiovisuelle que j’ai créé avec Jeanne Thibord avec l’idée de produire du documentaire et, surtout, des documentaires pour des nouveaux formats et donc des nouveaux médias. François Le Gall de Camera Talk s’est associé à nous pour ce webdoc dès les premières phases.
On a eu envie avec Jeanne d’un projet comme Défense d’afficher assez tôt. On partage un goût pour le street art, pour la manière dont il nous fait découvrir la ville. On a voyagé à Berlin, on s’est baladé dans Paris en se laissant guider par les peintures. On a eu aussi envie d’essayer d’en parler sans forcément partir de l’esthétique classique qui est associée au street art, c’est-à-dire avec des images très centrée sur le geste avec une bande-son hip hop. Ce n’est pas du tout une critique, mais nous voulions transmettre et parler de ce que le street art nous racontait.
Très vite, nous nous sommes rendus compte de notre envie de travailler avec plusieurs artistes et qu’il aurait été intéressant d’aller dans le monde entier. On a perçu aussi l’intérêt du format court et on s’est dit qu’a priori c’était ce qui allait fonctionner le mieux pour des films. C’est comme ça qu’on en est arrivé assez vite à l’idée de privilégier une diffusion sur internet, en se disant également que c’était sur le net qu’on allait trouvé un public pour ce genre de projet.

 

Quel rôle a joué internet dans votre travail ?
Internet est vraiment fondamental. Nous avons largement regardé des sites web consacrés au street art. Je pense à Unurth, par exemple, avec qui on a eu des échanges. On s’est beaucoup servi de ce que les artistes avaient posté et d’Ekosystem, parce que c’est l’un des rares qui balaye tout le monde et non seulement l’Europe et l’Amérique Latine. Fatcap aussi a été très utile. Leur site est très axé sur le graffiti, mais c’est grâce à eux qu’on a découvert Bankslave. C’est sur Ekosystem qu’on a trouvé les contacts de Pallo et de TraseOne, qui avait publié lui-même ses photos de skateurs.

 

Un des skateurs peints par Trase One à Singapour

 

Je ne connaissais pas Trase One. Je trouve qu’il y a une certaine poésie dans ses jeux d’ombres, encouragés par ce contexte politique si particulier. La puissance de frappe de la répression du graffiti à Singapour est presque incompréhensible pour quelqu’un qui est habitué à vivre en Europe.
Cet artiste est une vraie allégorie du street artist. Il maîtrise complétement la ville, ses moindres recoins et positionne ses skateurs en fonction des lumières et des ombres. Je tiens aussi à présenter les autres. J’ai rencontré Alexandre Orion à Paris à l’occasion d’une exposition sur São Paulo. J’avais aimé son travail et nous sommes restés en contact. Ludo on l’a rencontré à Paris. On a découvert son travail et on a réussi à le contacter. Sur internet, on avait aussi trouvé Interesni Kazki, avec qui finalement on n’a pas travaillé parce qu’au moment où ils étaient disponibles nous n’avions pas encore les financements et quand on l’est a eu eux ils étaient invités partout… et puis Bleeps et Bastardilla, découverts aussi sur internet. En revanche, François était allé à 5Pointz à New York. Ce lieu était pour nous une manière aussi de raconter l’histoire de ce mouvement.

 

5Pointz est actuellement menacé de destruction.

 

5Pointz est un excellent choix dans un contexte si riche comme New York
C’était le coup de cœur de François. Il y avait fait des très belles photos et il nous a vraiment donné envie de travailler sur ce lieu. En outre, il s’adaptait bien à notre envie de montrer à l’écran la manière dont les artistes s’approprient la ville. Marcher d’une pièce à l’autre – comme d’une rue à l’autre – permet de découvrir le travail de différents street artistes, mais ça correspond aussi à notre manière de surfer sur internet, où l’on va d’un site à l’autre en fonction du goût, du temps, de l’humeur.
Cette idée était fondamentale pour nous et nous avons eu envie de la coupler à l’idée qu’internet a permis au street art de franchir toutes les barrières. Cela montre que la culture se diffuse plus facilement et qu’elle est accessible et moins réservée au monde universitaire ou à certaines couches de la société par rapport au passé. Le street art représente la liberté de chercher tout seul et 5Pointz à New York le dit très bien : on nous a interdit de faire des graffitis dans un lieu, alors on s’est déplacé ailleurs, puis on nous a interdit de travailler dans Manhattan, alors on est reparti ailleurs. Internet offre une médiatisation qui permet de travailler partout sans perdre son audience.

 

Ce sont justement les questions sur lesquelles je travaille actuellement : cette pulsion artistique qui traverse la société contemporaine, d’une part, et la nécessité que l’Etat ressent de la réprimer à tout prix, d’autre part. C’est une « guerre » de paradoxes : on vit dans une société de plus en plus mixte et diversifiée, mais on refuse de voir apparaître ces différences sur les murs de nos villes, alors qu’il faudrait multiplier ces occasions de rencontre visuelle, pour apprendre à ne jamais rester bloquer sur ses propres positions. Seule une remise en discussion perpétuelle de nos propres convictions nous permet de nous adapter à un contexte politique et social qui change sans arrêt.
C’est d’autant plus hypocrite que l’on fait customiser des trains par des graffeurs… Nous abordons en partie cette question dans le film parisien, où nous montrons que l’espace public n’est pas neutre, car il est plein de publicité. Défense d’afficher parle de cette urgence de dire et d’écrire sur les murs et témoigne qu’il s’agit d’un phénomène qui n’est pas contrôlable, même à Singapour où on se prend pourtant des coups de bâton.

 

Pourquoi avez-vous choisi des contextes géographiques et des artistes assez différents entre eux ?
On a voulu tout d’abord montrer qu’il y a plusieurs techniques, qu’on peut passer du graff au collage au pochoir à la peinture sur des petites surfaces. Je pense que cette diversité peut intéresser le spectateur. Ensuite, on a voulu montrer effectivement les différences sociales entre les artistes. Alexandre Orion, par exemple, provient de la classe moyenne et a construit un discours sur son travail, alors que d’autres, comme Bankslave qui s’est formé tout seul, vont privilégier un autre type d’expression. Enfin, on voulait à tout prix éviter de faire des différences entre les différents types d’expression, reproduisant un discours assez classique qu’on entend sans cesse : le graff c’est moche, alors que le street art c’est bien.

 

J’avoue que ça m’arrive de plus en plus de rester bloqué en train d’admirer un tag magnifique. Dernièrement, j’ai vu un immeuble abandonné près du Canal St-Martin, au 63, rue de Lancry. Toute la façade jusqu’au premier étage était remplie de tags et ça m’a rappelé le travail de Wildstylerz, un blog milanais, qui collecte des photos de portes ou de façades embellies par les tags, comme pour revendiquer que même la partie la plus vandale ou celle à laquelle on attache moins d’importance d’un point de vue esthétique peut au contraire avoir une valeur esthétique.
À mon sens, même quand c’est fait pour salir ça fait partie du même mouvement. C’est la même pulsion de s’exprimer, de sortir de l’invisibilité. Pourquoi on s’approprie les murs ? Parce qu’on ne peut pas parler ailleurs. Les relations avec les différents artistes nous ont confirmé cette urgence de parler, cette urgence d’être entendu, d’être écouté et, pour ça, le moyen le plus simple reste d’aller dans la rue et d’essayer d’en mettre le plus partout pour exister. C’est aussi pour ça qu’on tenait à associer aux films un contenu contextuel, comme à São Paulo, le règne de Pixação.

 

Un mur recouvert de Pixação

 

Vous connaissez les recherches de François Chastanet, ses livres Pixação : São Paulo Signature et Cholo Writing : Latino Gang Graffiti in Los Angeles ?
Oui, mais j’ai moi-même une grande passion pour le Brésil. J’avais découvert les Pixação dans des livres et je suis allée à São Paulo pour les voir en vrai et découvrir qu’ils sont réellement impressionnants à voir. On a discuté avec Alexandre Orion, qui était un peu méfiant par rapport à notre approche, parce que les Pixação sont très mal perçus dans la ville et cela amène à les traiter différemment du street art. Au contraire, dans notre film, nous refusons cette distinction, car nous avons voulu à tout prix montrer que ça fait partie du même mouvement et que le jugement esthétique qu’on peut porter sur la qualité d’une pièce ne doit pas faire oublier que l’important c’est avant tout cette urgence de s’exprimer qui est à la base de toute intervention.

 

Vous avez choisi des réalisateurs originaires du même pays de chaque artiste. Pourquoi?
On ne voulait pas tomber dans un regard occidental. C’est pourquoi les réalisateurs sont originaires de la même ville ou pays des artistes. Ça s’est révélé d’autant plus important parce qu’il y a des choses que nous ne pouvions pas saisir de Paris. Je pense au film finlandais, car on a rencontré Pallo seulement après le tournage et je ne sais pas sûre qu’un réalisateur français aurait obtenu un bon résultat. Tous les réalisateurs ont pu aller assez loin avec les artistes et ont vraiment réussi à restituer ce qu’ils avaient compris de leur travail et de l’imbrication de leur travail avec leur ville.

 

Cet intérêt géographique pour les lieux où travaillent les artistes se perçoit aussi dans la présence régulière des plans des villes, où vous indiquez soigneusement les spots choisis par les artistes. C’est le problème de la géolocalisation du street art, un art éphémère, dans le vrai monde. Pourquoi avez-vous choisi de montrer ces cartes, même si les interventions que vous avez filmé n’existent peut être plus ?
La dimension éphémère du street art était un aspect qui nous paraissait intéressant. Proposer une carte veut dire encourager les gens à se déplacer dans la ville. Si on regarde l’emplacement du street art à l’échelle de la ville, par exemple à Nairobi, on se rend compte qu’il faut aller dans les bidonvilles. À Paris, ce sera plus dans l’est que dans l’ouest. Une carte montre comment le street art anime la ville et cette idée a été notre départ pour penser l’interface, même si par la suite ça a beaucoup évolué. Ces peintures éphémères rappellent que la ville n’est jamais la même, que tout évolue et que on est pas dans des villes Disneyland comme le devient Paris. Je suis frappée par la cartepostalisation des grandes capitales. Même si le street art fait moins beaux que les cartes postales, je le préfère.

 

Le spectateur est invité à découvrir les villes filmées dans le webdocumentaire

 

Venons-en maintenant aux chiffres. Combien de temps avez vous nécessités pour réaliser ce projet ? Combien de spectateurs ont déjà vu Défense d'afficher ?
Au total, deux ans. En ce qui concerne les spectateurs, nous avons eu environ 100.000 visiteurs uniques et 130.000 visites. On a même remarqué un taux de retour assez important sur le site, ce qui veut dire que les gens ne regardent pas forcement tous les films en une seule fois. Ce sont des chiffres plutôt bons pour un web documentaire, qui s’approchent des audiences de la TNT. Cependant, je crois qu’il faut avoir une approche différente quand on travaille sur internet. Le documentaire est disponible en ligne pour un, deux, trois ans et on observe qu’aujourd’hui environ 300 personnes visitent le site chaque jour. De même, je ne pense pas qu’on s’approprie des projets de la même manière quand on le regarde à la télé ou quand on le regarde sur internet. C’est une chose qu’on a bien aperçu en lisant les commentaires sur Twitter ou sur Facebook. Sur internet, on a un rapport beaucoup plus affectif aux choses.

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