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Il giusto equilibrio tra strada e galleria

Mehdi Ben Cheikh (sulla sinistra), con Shepard Fairey (al centro) e il sindaco del 13esimo arrondissement di Parigi nel maggio 2012

 

Mehdi Ben Cheikh ha fondato la Galerie Itinerrance nel 2004 e lavorato nel corso degli anni con artisti come C215, Ludo, Inti o Roa. Vi proponiamo di leggere l'intervista in francese che ha rilasciato in questi giorni a Sophie Pujas per Artistikrezo.

 

En 2004, Mehdi Ben Cheikh ouvrait la galerie Itinerrance dans le 13ème arrondissement parisien. Un lieu consacré à l’art urbain, où ont exposé entre autres C215, Ludo, Inti ou Roa…

Pourquoi une galerie consacrée à l’art urbain ?

Après des études universitaires à la Sorbonne, et une expérience d’enseignement en Arts plastiques, j’ai eu l’idée de concevoir un lieu où monter des expositions. Le choix de l’art urbain, qui réinterroge la raison d’être de la pratique artistique, c’était une évidence. Comme tous les grands courants, il subit beaucoup de refus, de mépris… Ce n’est qu'en ce XXIème siècle qu’il commence à être accepté, et non sans quelques réticences, car ses pratiques bouleversent les stratégies créatrices usitées, ce qui explique que peu de galeries s’y engagent exclusivement !

Mais qu’est-ce qui fait l’unité du mouvement ?

L’extérieur. J’ai une lecture très large de l’art urbain. Peu importe le medium, les techniques, pourvu qu’on appréhende la rue et qu’on arrive à apprivoiser ou à s’accaparer un morceau de la ville. Cela peut être une installation sonore ou lumineuse, du réalisme, de l’abstraction, du lettrage, du pochoir, tout ça à la fois... Il n’y a pas de formule exacte. J’avance avec ma vision, assez minimaliste et conceptuelle. Cela aiguise le regard et donne une autre démarche au sein de l’art urbain.

Le mouvement qui est encore insuffisamment analysé, selon vous ?

Il y a toujours un décalage entre une pratique artistique novatrice et la réflexion qu’on lui consacre, d’autant que l’art urbain est aussi le signe des grandes ruptures sociétales que nous vivons et dont nous n’avons pas encore mesuré l’envergure. Tout est novateur dans cet art :l’intégration au marché, la façon de s’offrir au spectateur gratuitement. Le street art est le premier mouvement artistique qui concerne immédiatement toute la planète. Les impressionnistes ou les dadaïstes ont surgi à Paris, Berlin, la nouvelle abstraction américaine à New York… Tout le monde peut prendre le train en marche et Internet ne fait que démultiplier cette dynamique, en renvoyant immédiatement l’image d’une œuvre réalisée dans un lieu inconnu ou lointain. Même si seulement très peu de personnes ont pu la voir à son emplacement initial. C’est aussi la force de ce mouvement.

Cette diversité, vous la retrouvez dans le public de la galerie ?

Le public des galeries est un mouvement plus générationnel. Les courants conceptuels ou minimalistes n’intéressaient que quelques collectionneurs privilégiés… Peu installaient chez eux deux rails avec un néon... et la figuration était très mal vue depuis vingt ans. Le street art a offert de nouvelles perspectives dans le champ de la sensibilité artistique. Et il devenait accessible à une tranche plus modeste de la population qui porte le mouvement depuis les années 2005. Le collectionneur peut être le jeune homme qui a quelques économies autant qu'un collectionneur un peu plus âgé qui délaisse la Figuration Libre ou CoBrA.

Vous vous êtes beaucoup investi dans la recherche de murs pour des artistes, dans le 13ème arrondissement. Pourquoi avoir considéré que cela faisait partie de votre rôle de galeriste ?

Le statut de galeriste change avec les mouvements. Le street art a bouleversé les critères esthétiques, l’artiste a changé ses modes de vie. Le rôle de galeriste n’est plus de découvrir un artiste au fond d’un atelier. Les artistes aujourd’hui sont déjà des stars sur Facebook avec 200'000 ou 300'000 fans. S’ils avaient seulement envie de vendre des pièces, ils pourraient le faire tout seul. C'est donc au galeriste de donner à l’artiste ce dont il a le plus besoin, à savoir la possibilité d’intervenir autrement dans la rue, sur de plus grandes surfaces ou d’autres supports. Il faut lui fournir des moyens, des nacelles, des autorisations, etc. Cela m’intéresse de participer à cette prospective. Je me suis installé dans un quartier où il n’y avait pas grand-chose en termes de galeries, à part celles de Magda Danysz, et de Louise Weiss, qui partaient. J’aimais l’idée de transformer l’environnement dans lequel j’arrivais, ce qui est la démarche même de l’art urbain. Un artiste le fait, pourquoi pas un galeriste ? J’ai suggéré au maire du 13ème de constituer un musée à ciel ouvert dans cet arrondissement qui compte énormément de logements sociaux, et donc beaucoup de façades ou de pignons d’immeubles à peindre.

Ce sont des projets difficiles à mettre en place ?

Le plus dur est de négocier les murs avec les bailleurs. Mais plus on en réalise, plus on est crédible. On en est à quatorze murs, il y en a encore six ou sept de prévus en mars et avril. Je suis par exemple très fier du mur d’Inti, l’un des derniers, qui fait quarante mètres de haut, de celui de Shepard Fairey (à l’angle de la rue Jeanne d’Arc et du boulevard Vincent Auriol), mais aussi des œuvres de M-city, Vhils, Rero...

Comment choisissez-vous les artistes que vous exposez ?

Le tri se fait sur Internet. Je sais vraiment vers qui je veux aller en ce moment et les démarches se font sur le long terme. Ce qui m’importe, c’est qu’un artiste soit totalement conscient de son acte. Il ne s’agit pas seulement de réaliser quelque chose de beau, de décoratif, mais de produire un travail vraiment in situ, d’être en adéquation avec l’architecture et la fonction du lieu. Chez Borondo, par exemple, il y a une ambiance un peu sombre, un peu mystérieuse qui m’a séduite. Il peut passer du 50 cm à 20 mètres de haut, avec une facilité impressionnante. L’artiste est déjà très remarqué pour son jeune âge. Le passage de la rue à la galerie est délicat, et là, ça se passe vraiment très bien grâce à sa maîtrise.

Certains passent trop tôt en galerie ?

Non, ce qui importe c’est la qualité de la transition, réinventer ses savoirs-faire avec ses propres compétences, en retrouvant son originalité, investie autrement. Certaines pratiques se prêtent mal à la toile, il leur faut autre chose, un support de transition comme un objet urbain - des plaques de métro, de vieilles portes, des boîtes aux lettres comme C215. Certains font des interventions extérieures tellement réussies, qu’en galerie on ne retrouve que des photos, en tant que reportages de ce qui se passe à l’extérieur. La rue ou la galerie ont chacune leurs propres exigences, elles sont aussi intéressantes l’une que l’autre, mais il ne faut pas se tromper sur les objectifs et les moyens spécifiques d’y répondre. Si on ne trouve pas la bonne formule, il vaut mieux rester dans la rue et ne pas se trahir.

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